ATOEM

ATOEM

Une invitation au désordre, voilà ce à quoi nous convie le duo ATOEM sur son premier album. En physique, l’entropie désigne le degré de désordre dans un système. Il y a d’ailleurs une loi qui dit que l’entropie de l’univers ne fait qu’augmenter, que l’ordre n’est que passager et que, tôt ou tard, le chaos adviendra. Gabriel et Antoine y voient une analogie avec leur musique qui part souvent d’une orchestration lisible pour finir dans une explosion de sons synthétiques et déstructurés. L’aventure commence à Rennes il y a une petite quinzaine d’années. Un passionné de sciences cherche un nouveau batteur pour son groupe de rock. Un étudiant passe par là et intègre le groupe qui devient un duo à mesure que le nombre de synthétiseurs et de machines augmentent dans leur instrumentarium. Avec seulement deux EPs, ATOEM est une des révélations des Trans Musicales en 2018 avant d’être repéré par le MaMA ou les Inouïs du Printemps de Bourges. 


Au rayon des influences, il y a le duo néerlandais Weval avec lequel Gabriel et Antoine partagent le goût pour une techno qui ne mise pas tout sur la vitesse, mais sur l’harmonie et les textures. Il y a aussi Atom Heart Mother de Pink Floyd grâce auquel ils embarquent leurs synthés modulaires dans des expérimentations psychédéliques. À rebours de l’époque où le pied frappe fort sur la plupart des dancefloors, Antoine et Gabriel s’épanouissent dans une certaine lenteur. « Faire de la musique, c’est travailler avec le silence. » Certains morceaux peuvent descendre jusqu’à 85 BPM, un tempo naturel comme le battement du cœur, pour donner plus d’espace aux arrangements. 


Dès le début d’« Entropy », ATOEM insu!e avec « Sinking Ocean » un esprit new wave avec cette basse électrique et les voix d’Antoine et Gabriel qui s’entremêlent sur un texte aux accents surréalistes. Avant d’enchaîner avec « Lost Work », plus nerveux et abrasif au beat lourd, proche de la tension de leurs lives, écho di”us des angoisses de l’époque. Une basse, mais aussi des arpèges de guitares et le son de vraies batteries qu’on retrouve sur « Mercury » et sur « Under the Void » où l’on perçoit qu’ATOEM a pris un grand plaisir à chercher l’équilibre entre synthétique et organique pour mieux affoler nos sens. « Summer’s Grave » accélère la cadence pour une virée dans une rave au Royaume-Uni à la fin des années 80, dont l’énergie est le meilleur antidote à la paranoïa, avant de retrouver un forme de tendresse sur la ballade italo, « Ride On Time », et ses claviers rêveurs où les garçons s’aventurent à triturer les textes de l’écrivain Pablo Melchior à légers coups d’autotune. Sur « Entropy », ATOEM joue avec nos émotions en alternant les stridences et le crissement de « Mode Erase » et les caresses nostalgiques et wevaliennes de « Ghosts of the Past » avant d’arriver tranquillement sur « Dawn », pièce impressionniste composée à Naples, en regardant le soleil se lever derrière le Vésuve.


ATOEM mêle dans un même jaillissement l’art, l’histoire, la science, la science-fiction, la mythologie et aussi la politique. « Uprising » et sa techno lourde aux relents orientaux relevée de sirènes électroniques fait gronder la révolte. Pour Antoine et Gabriel, il était primordial de donner plus de sens à leur musique, de dépasser leur virtuosité de producteurs pour gagner en profondeur. « Les couleurs du son », poème écrit et interprété par NVVN, mélange les sens et les sons et nous perd dans un rêve étrange et ouaté avant la batterie breaké de « Synthropy » et ses arpeggiators entre Moroder, Sébastien Tellier et François de Roubaix. Mais nous ne sommes pas tirés d’a!aire : « Lunacy » a!ole les compteurs et vrille dans l’acid ; un morceau sur lequel on a hâte de transpirer en live. Antoine et Gabriel nous laissent en pleine descente avec « Et les montagnes fumaient », autre instantané, grenoblois cette fois, où les rythmiques cèdent la place à de discrètes percussions avec des lignes de synthés qui ne sont pas sans évoquer le lyrisme de Justice. Pour son premier album, ATOEM prend des risques et regarde au-delà de l’horizon artistique qui a fait sa réputation, cherchant les accidents, les contre-pieds, tout ce qui peut les aider à faire émerger la musique qu’ils ont en tête dans toute sa richesse. « Entropy », nous rappelle, à l’aube de l’ère des intelligences artificielles, que ce sont bien deux êtres humains, faits de chair et de sentiments, qui tournent les boutons de ces machines.

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